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Le Brio, un film de Yvan Attal, « Avoir raison, la vérité on s’en fout »

« Amis, Romains, compatriotes, prêtez-moi l’oreille », un film qui s’écoute autant qu’il se regarde

Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés.

Une comédie ? Un drame ?

le brioCe film dépeins au travers d’une « dramedy » l’intégration d’une « banlieusarde » au sein de la prestigieuse université d’Assas. Yvan Attal résume la situation de la manière suivante, il estime que  « Sur le fond, [il] n’arrive pas à faire un film dans lequel il n’y pas de comédie, ça [l]’étouffe ! (…)  [il] dirai[t] que Le Brio est un film à la fois politique, social mais aussi léger, drôle avec de l’émotion autour d’un personnage, une Française d’origine algérienne, victime de la manière dont on enferme aujourd’hui les gens dans des catégories ou des a priori, mais victime également d’elle-même et de son entourage ».

Le spectateur est projeté, avec Neïla Salah, incarnée par Camélia Jordana, dans un milieu hostile. Il doit s’adapter à un monde dégoulinant de codes et d’aprioris. Les habituels clichés sont certes présents, mais servent le film et évite l’atmosphère pesante qui aurait pu s’installer dès les premières minutes.

Danse avec le loup

Autour d’un scénario bien ficelé, on observe l’ascension d’une étudiante lambda, l’acceptation – l’apprivoisement – de l’autre. Quasiment une double vie s’offre à Neïla, celle d’un garçon manqué issue d’une banlieue la nuit et le jour celle d’une étudiante en droit rentrée dans les codes.

Il suffit de tendre l’oreille pour apprécier (ou déprécier) Pierre Mazard. Cet homme cynique et sans moral, en devient attachant, car cela cache au fond un potentiel mal-être, une frustration. Ce personnage étant en effet un grand universitaire mais semble dépourvue de toute vie de famille. Daniel Auteuil incarne parfaitement un professeur charismatique et éloquent qui a vu défilé et  formé des milliers étudiants au fil des sa carrière. Ce dernier qui peut paraître froid et particulièrement immoral de prime abord se révèle au contraire d’un génie et d’une rhétorique sans pareil.

L’habit fait-il le moine ?

« Non mais, vous croyez quoi ?

Qu’on n’est pas jugé sur son apparence ?

Que la manière dont on se présente au monde n’a pas d’importance ? « 

L’apparence ne serait-elle pas indissociable de l’éloquence ? Si l’on s’attache à cette dernière, on remarque de nombreux changement dans le personnage Neïla. Certains diront que le personnage devient « le cliché de l’étudiant en droit », d’autres diront qu’il faut au contraire s’adapter pour mieux s’insérer dans la société. Cette dernière est pleine de code qu’il faut savoir s’approprier, ce film entrainant est un bon exemple de socialisation secondaire, il ne suffit pas d’être spectateur il faut être acteur pour avancer.

Le poids des mots

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Le transfert du savoir est au coeur de ce film. Ce dernier ne cherche pas à mettre en scène les difficultés que l’on peut rencontrer dans une banlieue, en effet Neïla prends le métro et arrive à la faculté, propulsée dans cette usine à étudiants.

C’est avant toute chose un constat : chacun peut apprendre de l’autre, au delà des apparences, chacun peut transférer une part de soi. Mais, il ne s’agit pas uniquement  de transmettre  à l’autre, il faut apprendre à le dire, bien le dire : l’art de l’éloquence et de la rhétorique. L’intrigue est intimement liée avec l’apprentissage de l’art de l’éloquence par cette jeune étudiante.

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